Les passagers des mots Conseil d'écriture,Jeunes auteurs L’architecte, le jardinier et le vagabond.

L’architecte, le jardinier et le vagabond.

On définit habituellement deux types d’écrivains : l’architecte et le jardinier, sachant qu’un troisième peut jouer entre les deux. Je parlerais pour ma part du vagabond. Quel type d’écrivain voudriez-vous devenir ?

Architecte, jardinier ou vagabond : chacun sa méthode pour écrire et créer.
Quel type d’écrivain voudriez-vous être ?

Les architectes

bâtissent un plan, une trame déterminée dès le départ, des fiches personnage, décor, etc. Ils estiment que le récit doit être pensé en amont. Cela évite le risque de se perdre et de ne pas terminer son histoire. Ce travail rassure et permet à l’auteur de savoir dans quoi il s’engage. Savoir surtout s’il peut finir et comment il peut finir son roman. C’est une personnalité qui aime maitriser et construire sur des bases solides. Probablement perfectionnistes, les architectes gagnent ainsi du temps. C’est la méthode enseignée dans les modules d’apprentissage à l’écriture créative (et américaine). Elle apparaît sans doute efficace, mais peut ne pas convenir à tout le monde.

On l’imagine penser la voute et le parquet, les murs porteurs et les étages ; l’espace et les couleurs, ce qui traverse, ce qui arrête, toutes les pièces à habiter et les autres : cellier, cave, grenier ; les fenêtres et les baies, la porte d’entrée, les vestibules et les corridors, l’orientation plein sud ; ce qu’il va placer au nord, ce qui sera beau, utile, original. Il écrit, il choisit, en maître d’œuvre compétent et organisé.

Les jardiniers

seraient plus instinctifs, semant des graines et laissant pousser. Ils attendent pour découvrir où les mots pourraient les mener, tout en entretenant leur jardin, leur imaginaire, leur monde intérieur. Cela n’empêche pas de travailler le texte, de labourer ici, de couper par là. Ils pourraient se tromper, ne pas voir leur travail aboutir. Mais leur source de plaisir nait de cet aléatoire, dans ce qui leur échappe, ce qui surgit et surprend. C’est un pari. Pour certains ce pourrait être angoissant de s’aventurer sur ce terrain où il est possible de s’embourber.

On l’imagine attendre la pluie ou le soleil, porter les yeux au ciel, armé de son chapeau et de ses bottes, le sécateur à la main, la brouette à ses côtés, son sac de graines, sa méthode, ses attentions. Il circule et conçoit, architecte du dehors. Ce qu’il sèmera ici pourra grandir, monter contre le mur ou envahir le sol. Dans cet espace, il pense l’eau et la terre, l’exposition et la couleur, peut-être même les parfums et les insectes, les bourdonnements et les chuchotis de la fontaine. Il emprunte au vent l’inspiration et à l’humus la matière.

Un mélange des deux.

Cet écrivain peut partir sur une trame et s’autorise à évoluer, à progresser différemment en cours de route, à revenir pour réinventer. C’est peut-être le plus courant, le mieux équipé. Et ce que je conseillerais si je devais vous accompagner dans l’écriture à vos débuts. Alterner entre les deux permet de mieux se connaitre. Avec le temps, il est possible de pencher plus pour l’un que pour l’autre. Il associe méthode et plaisir, routine et improvisation. Ce juste équilibre me paraît donner une formule intéressante et j’y ai recours souvent dans la rédaction de mes textes.

Au four et au moulin, dans la maison et le jardin, il voit grand, il voit fort. Il construit selon son intuition, la peau dorée par le soleil, les sens en alerte et l’esprit aux aguets. Quand il parle de charpente, il entend les chars, il entend les pentes. Quand il parle de semer, il pense aimer. Quand on aime, on donne la vie. Il modèle sa création avec le bois, l’herbe, la boue ou le béton. Il dessine son plan et l’agrémente d’ondulations.

Les cours d’écriture

En regardant ce qui est généralement indiqué dans les formations à l’écriture créative, j’ai trouvé que l’on traitait beaucoup des architectes. Les méthodes proposaient des trames, des fiches, des plans, des programmes… C’est la méthode américaine. Elle renie le charme de l’intuition, du lâcher-prise ou de la prise de risque. Celui de la balade improvisée dans notre imaginaire. C’est pour moi rédhibitoire, et je craindrais d’éteindre l’étincelle propre à la création. Par contre, il est vrai que parfois il faut aller titiller l’imagination. Les ateliers d’écriture existent pour ça, parce que consignes et méthodes sont une aide puissante à la création littéraire.

Le vagabond.

Personnellement, je me place du côté du jardinier, et même du vagabond, parce qu’un jardinier reste un architecte d’extérieur. Le jardin peut être sauvage, naturel, anglais ou très Versailles, cela demeure un espace limité. Comme un vagabond, je tisse très souvent mon histoire en écrivant, en mode road trip (ou écriture automatique), curieuse de ce que je vais rencontrer. Je me promène. Je marche. Je cherche. Je digresse. J’improvise. Je crée parfois sans savoir ce qu’il va advenir, sans peur de sombrer dans le surréalisme. C’est en écrivant que les idées viennent, que les éléments prennent sens, que je peux me surprendre moi-même. C’est ainsi que j’éprouve du plaisir à écrire, à trouver des formules spontanées et poétiques, des notions éclatantes. A me surpasser. Parfois, je reviens à un plan, pour tenter de retomber sur la bonne route. Celle qui va me mener à une fin cohérente.

Vêtu de peu, un sac sur le dos, il marche, mains dans les poches ou bras en cadence. Il emprunte les routes selon ses envies ou intuitions. Suit l’écureuil, le pochtron, la prostituée, l’enfant, le doute ou la certitude. Infatigable, il ramasse des pierres ou des objets, se demandant ce qu’il pourra en faire. Il traverse les villes et les ruisseaux. Parfois il s’assoit, attend, écoute, sèche sa sueur, repose ses pieds, réfléchit aux chemins passés et à venir. S’il lui semble par moment avoir changé de dimension, c’est parce qu’il se déplace, se décentre, modifie son regard et sa direction. Se perdre est un jeu qui rend le réel bien plus surprenant.

À lire

Je vous laisse découvrir deux articles qui traitent de ce thème. Le premier a été rédigé par Joël Dicker, un écrivain qui aurait pu rentrer dans la catégorie jeunes-auteurs de moins de 20 ans :

https://www.rosiewolfe.com/blog/2022-02-13/un-plan-ou-pas-de-plan

Et celui de l’école d’écriture Midgard’s Writers.

Et vous, dans quelle catégorie vous situez-vous ? Et si vous n’avez pas encore écrit, quelle école d’écriture vous tente le plus ? À quel personnage vous identifiez-vous ?

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