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Connaissez-vous la littérature jeunesse ?

Parler de littérature jeunesse, c’est aborder un vaste sujet. Parce que finalement, qu’est-ce que la littérature jeunesse ? À qui est-elle destinée ? Quels sont ses critères ? Ses auteurs ? Son évolution ?

Si les réponses t’intéressent, cher passager, tu te trouves au bon endroit.

La littérature jeunesse, vous connaissez ?
La littérature jeunesse

Qu’est-ce que la littérature jeunesse ?

Bien évidemment, je vais rester concentrée sur la fiction, les livres d’invention. Mais en ce qui concerne la jeunesse, le concept paraît plus flou. Nous trouvons des ouvrages pour les plus petits, sous forme d’albums, livres pop-up ou à tirettes, livre jeux, pour les moins de six ans. L’illustration apparaît alors primordiale. Quand l’enfant commence à pouvoir lire tout seul, des histoires plus complexes lui sont proposées, souvent encore accompagnées d’illustrations. Puis les images disparaissent au profit de textes de plus en plus longs, comprenant de plus en plus de vocabulaires, de situations variées, d’implicites et de difficultés. La littérature s’adapte à son lecteur, son âge et ses capacités.

On parlera plus précisément de littérature pour adolescents pour les 12-18 ans, et pour jeunes adultes (young adulte) à partir de 17 ans. Mais le fléchage dépend de l’éditeur, certains parleront de littérature jeunesse et d’autres de littérature Young adulte, et l’âge peut varier dans ces catégories. Le critère principal, de cette catégorisation serait l’absence de scène érotique. À partir de 18 ans, les Anglo-saxons ajoutent la classe de littérature New adulte. Tu suis toujours, mon cher passager ? La catégorisation n’est pas simple, parce que la littérature n’est pas simple. Elle fuit les cases, elle cherche l’universel.

Des ouvrages comme Le Petit Prince, Harry Potter, Twilight, Hunger Games, La passe-miroir, Phobos, touchent un public bien plus large que la fourchette adolescente. Ils peuvent aussi être qualifiés de littérature populaire (ils ont la capacité à atteindre un très large public).

La série Twilight. Pour un large public.
Par [2] — [1], CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5961268

Quels sont les critères d’une littérature jeunesse ?

Je ne traiterais pas de la littérature pour les petits, je pense plutôt aux lecteurs adolescents. Nous avons parlé de l’absence de scènes érotiques, auxquelles nous pourrions rajouter toutes scènes malsaines, sordides et inadaptées, en général, à un public qui sort de l’enfance, non mature et en construction.

D’autres critères sont à noter : le héros a entre 11 et 20 ans et permet au jeune public de s’identifier facilement. Pour cela, le lecteur a accès à ses pensées, ses émotions. En grande partie féminins, les protagonistes correspondent à une majorité d’auteurs et de lecteurs également féminins. Mais ce n’est pas une règle, si l’on pense à Harry Potter, les héros de U4, Artémis Fowl ou Alex Rider.

De plus, les personnages sont conduits à quitter leur famille ou n’en ont jamais eu. Ils se retrouvent autonomes et doivent généralement réagir bien mieux que ne le feraient les adultes. Éloignés de leur monde (univers fantastiques ou pas), ils doivent faire preuve de courage, surmonter un drame ou trouver le chemin de l’amour. Parfois, les trois à la fois. Ils sont amenés à se dépasser en utilisant toutes leurs ressources. La trame et surtout l’écriture sont la plupart du temps classiques, voire simples, d’où l’idée d’une littérature (souvent anglophone) populaire.

Cependant, la très bonne littérature jeunesse n’est pas rare, servie par des auteurs attentifs à la qualité et l’originalité de leur écriture. Je pense à Anne-Laure Bondoux, Suzie Nielsen, Florence Hinckel, Marie Desplechin, Magalie Wiéner, Marie Pavlenko, Clémentine Beauvais, Emilie Chazeran, Manu Causse, Pascal Ruter, Anne-Lise Heurtier, Stéphane Servant, Alex Cousseau, Florence Aubry, Janine Teisson, Philippe Pullman…

Au contraire de ce que pourraient démontrer les auteurs cités, une très grande part est prise par le genre fantastique, mais le roman réaliste et généraliste n’est pas en reste. Les thèmes de société, les récits de vie ont également leur public. On peut ainsi parler d’homosexualité (J’ai avalé un arc-en-ciel, d’Erwan Ji), de premier amour (E=mc2, de Patrick Cauvin ou Inséparables de Sarah Crossan), de handicap (Un si petit oiseau, de Marie Pavlenko) ou de maladie (Nos étoiles contraires, John Green), les migrants (La traversée de Jean-Christiophe Tixier, ou Refuges, d’Anne-Lise Heurtier)…

Auteure jeunesse Française, Anne-Laure Bondoux.
Anne-Laure Bondoux, Les larmes de l’assassin.

Histoire de la littérature jeunesse.

Les débuts

La littérature jeunesse est aujourd’hui très riche en titres, thèmes, éditeurs, auteurs et libraires. Bien évidemment, cela n’a pas toujours été le cas. Malgré tout, cette littérature à destination des jeunes a rapidement été présente. Les prémices sont situées en 1530 avec la parution de Savoir-vivre à l’usage des enfants, écrit par Didier Érasme, mais il est question des mœurs d’une époque et non encore de littérature, donc de fiction.

On s’en approche plus avec la littérature de colportage, au XVIe siècle (almanachs, abécédaires, livres religieux et contes illustrés) à destination de tous les publics. Les héros à retenir sont Grise-Lidis, Genevièvre de Brabant, les quatre fils Aymon.

Mais c’est surtout l’arrivée en France de Don Quichotte de Cervantès et de l’Orbis Pictus de Comenius qui vont participer au développement d’une littérature dite jeunesse, même si le public ciblé ne l’était pas forcément (jeune).

Don quichotte, première fiction qui ouvre la voie à la littérature jeunesse.
Don Quichotte, un des premiers romans à plaire aux jeunes Par [2] — [1], CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=89167492 Par Miguel de Cervantes — Miguel de Cervantes Saavedra. El ingenioso hidalgo Don Quixote de la Mancha. Madrid: Juan de la Cuesta; 1605., Domaine public,

Il en est de même des ouvrages étrangers comme Robinson Crusoé, Les voyages de Gulliver, et les Mille et une nuits qui séduisent un jeune public dès le XVIIIe siècle.

La littérature jeunesse doit aussi beaucoup aux contes de fées du XVIIe (Perrault, Mme D’Aulnoy), ainsi qu’au Magasin des enfants (c’est-à-dire un magazine, un journal) de Mme Leprince de Beaumont, et son conte La belle et la bête.

Le développement

John Newberry crée à Londres en 1750 la première maison d’édition-librairie pour enfants. Goody Two Shoes, écrit par Olivier Goldsmith en 1765 fut son premier succès.

À cette époque, on réfléchit beaucoup à l’éducation des enfants (Rousseau, John Locke…), notamment pendant la Révolution française, d’où un intérêt pour ce que l’on peut leur donner à lire.

Au XIXe siècle, l’illustration prend plus de place, ainsi que la presse et des rééditions, mais en vérité la production est assez pauvre. Jusqu’à ce que deux éditeurs ouvrent la voie : Hetzel et Hachette. Cette fois on s’intéresse à la figure de l’enfance. Les écrivains racontent leurs souvenirs : George Sand, Daudet, Jules Valès… L’enfant devient un sujet de préoccupation et même un héros : Rémi Sans-Famille, Les petites filles modèles, Les malheurs de Sophie, Les misérables (Gavroche, Cosette…). L’enfant voyage (Tour du monde d’un gamin de Paris, de Boussenard, 1880), et de manière souvent extraordinaire avec l’arrivée de Jules Vernes.

La production des romans déclinera ensuite, compensée par l’émergence de l’illustré, notamment bon marché, par les Américains.

L’ascension de la littérature jeunesse

Puis, au fur et à mesure du XIXe siècle, puis du XXe siècle, l’on parle de l’enfant roi. La vie s’améliore, on modernise les publications et on fait connaître en France des auteurs étrangers comme Erich Kästner, Astrid Lindgren, Selma Lagerlöf, Carlo Collodi. Des auteurs reconnus s’impliquent dans la littérature jeunesse : Colette, Marcel Aymé ou Maurice Genevoix. Ainsi que des auteurs moins littéraires, ce qui aidera à populariser la littérature jeunesse : Paul Berna, P.J. Bonzon…

Astrid Lindgren, une des auteures étrangère qui a permis à la littérature jeunesse de se développer en France.
Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren

Après 1950, on publie beaucoup plus d’ouvrages et de nombreux héros vont prendre la relève de Babar, Bambi, Maya l’abeille. Ce sont Martine, Caroline, le Club des cinq. Des auteurs jeunesse émergent : Maurice Carème, René Guillot, et la BD explose (Tintin, Lucky Luke…). Plus on s’intéresse à l’enfance, plus la littérature jeunesse s’enrichit. Le livre de poche pour les enfants dans les années 1970 permet à un plus grand nombre de jeunes lecteurs d’accéder à la littérature.

Aujourd’hui

La petite enfance, l’enfance et l’adolescence sont devenues un secteur rentable, notamment parce que les secteurs de la télévision, du cinéma ou du jeu vidéo renforcent le succès de certains ouvrages. Aujourd’hui, il n’est pas rare de pouvoir lire un livre ou une série et de la retrouver au cinéma ou sur Netflix. Addict (The nerve) de Jeanne Rayan ; Le journal d’Aurore. 1, jamais contente, de Marie Desplechin ; 13 Raisons Why de Jay Asher ; Six of Crows de Leigh Bardugo… Ou de retrouver des héros de jeux vidéos en héros de littérature : journal d’un Noob, de Cube Kid, ou Assassin’s creed, d’Olivier Bowden. Le cinéma et la télévision sont en relation constante avec la littérature, ce qui permet de conserver un intérêt pour cette dernière.

Enfin, on peut aussi et surtout parler de l’engouement pour les Mangas. Ceux-ci ont détrôné la BD franco-belge ou américaine. Les amateurs sont très nombreux et participent largement à la rentabilité du monde du livre.

Exemple d'un roman que l'on peut retrouver en série sur Netflix.
Le livre Six Of Crows, de Bardugo, est aussi en version série sur Netflix.

Les jeunes lisent encore ?

Malgré ce qu’on peut dire, oui, les jeunes lisent, la production littéraire est riche, c’est un signe. Les séries Harry Potter et Twilight ont contribué au développement de cette culture et au goût de lire. Sur le marché de l’édition, la littérature jeunesse occupe la deuxième place, après la littérature générale. La production de livres Jeunesse représentait 17,3 % des titres publiés en France en 2018 et 21,4 % des exemplaires imprimés.  C’est le secteur des plus petits qui connaît le plus de productions. Et le livre reste une valeur sûre, un élément dans l’éducation que l’on prend au sérieux. On offre facilement un livre et l’enfant ne sait pas encore lire qu’on lui propose de la lecture via les albums. Lire est une pratique intéressante tant sur le plan du plaisir que de l’apprentissage.

En effet, 81 % des Français de 7 à 25 ans lisent pour leurs loisirs. Par contre, un certain nombre aiment faire autre chose en même temps, ce qui peut sembler gênant, puisque la sphère de paix et de concentration offerte par la lecture n’est pas maintenue.

La littérature jeunesse est si importante que l’on parle parfois du 10e art. Des salons lui sont consacrés : le plus connu est le salon du livre pour la jeunesse à Montreuil (SLPJ), du 30 novembre au 5 décembre en 2022, mais aussi le Salon du livre de Bouscat, en mars, Le Festival Tapatoudi à Pézenas en mai.

Il existe également l’animation Partir en livre  sur une douzaine de jours entre juin et juillet, qui a pour vocation de toucher le jeune public, puisque la lecture est devenue une grande cause nationale. Livrodromes, rencontres, parcours, activités, mise en pratique : la jeunesse n’a pas fini d’aimer la lecture.

Le salon du livre jeunesse, à Montreuil.
Le salon du livre jeunesse à Montreuil

Prix littéraires jeunesse :

Le prix chimère : il concerne les romans de l’imaginaire.

Prix Mangawa : pour les mangas.

Le prix Bulles De Cristal : spécial fan de BD franco-belges.

Le prix Real : les romans de vie ont aussi un public.

Le prix Comiks : concerne les BD nord-américaines.

  • Un super défi, Le défi Babélio : créé par des professeurs documentalistes, ce défi n’est pas vraiment un prix littéraire, mais il permet aux élèves de se motiver autour de titres choisis, de créer une collaboration positive, des événements et des produits qui mettent en valeur les romans ou BD lues.
Les prix littéraires pour la jeunesse.
Les jeunes participent aux prix littéraires

Des collections qui ont eu du succès

  • La bibliothèque bleue : XVIIe siècle, littérature de colportage.
  • Les images d’Épinal, XVIIIe siècle. Comment l’illustration aide la littérature.  
  • La bibliothèque rose — et verte (Hachette) : 1852. Ces collections existent encore aujourd’hui.
  • La Petite bibliothèque blanche (Gallimard) : 1911
  • La bibliothèque du Père castor (Flammarion) : 1931
  • La bibliothèque Rouge et Or (GP) : 1947

Sources :

Abécédaire illustré de la littérature jeunesse. Jean-Paul Gourévitch. Ed. L’atelier du poisson soluble, 2013.

https://books.openedition.org/pur/39706?lang=fr

https://www.ricochet-jeunes.org/articles/tout-tout-tout-vous-saurez-tout-sur-la-litterature-jeunesse

https://www.sne.fr/document/synthese-des-chiffres-de-ledition-jeunesse-2018-2019/

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-grande-table-idees/les-jeunes-lisent-ils-encore-7781688

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2 thoughts on “Connaissez-vous la littérature jeunesse ?”

  1. Merci pour cet article qui m’a donné beaucoup de nouvelles idées de lecture. Je suis toujours à la recherche de nouvelles “perles” pour mes enfants 😉 Merci !!!

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