Les passagers des mots Conseils de lecture Dystopie : un genre littéraire indispensable

Dystopie : un genre littéraire indispensable

Chers passagers des mots, aujourd’hui nous embarquons sur le Vol Littérature à destination de la dystopie. Si vous craignez de ne pas en revenir, il est toujours temps de descendre. Ceci dit, ce serait dommage. Ce genre littéraire est indispensable, nécessaire, riche, captivant. J’avoue avoir été frustrée en publiant mon article sur les romans de l’imaginaire de n’avoir cité aucune dystopie.

1984 d'Orwell, indispensable et indémodable dystopie.
1984, Orwell.

Définition

Mais qu’est-ce qu’une dystopie ? C’est un genre littéraire (mais pas que), dérivé de la science-fiction, qui décrit un futur négatif, sombre, comme une réponse à des problématiques actuelles. Ce qui le différencie des autres genres : un régime totalitaire contrôle la société et les hommes ont du mal à s’en libérer. C’est d’ailleurs généralement le héros, un rebelle dans l’âme, qui va déclencher le mouvement et une intrigue en remettant en cause la société mise en place.

Alors qu’elle est le contraire de l’Utopie, la Dystopie peut la rejoindre. Parfois, à vouloir créer un monde parfait, utopique, on peut le transformer en un monde contre-utopique. Herbert George Wells en fera souvent la démonstration dans ses romans.

Histoire de la dystopie

Au début du XXe siècle, Le Talon de fer de Jack London, en 1908, ouvre la voie à ce genre littéraire. Dans ce roman, on retrouve tous les ingrédients : tyrannie, capitalisme et fascisme, plus un système répressif sans pitié. Par la suite, H.G. Wells avec La guerre de mondes, interroge notre rapport à notre planète, notre fragilité évidente liée à notre sentiment de surpuissance (la présence d’extraterrestres le sort-elle de la dystopie ?). Enfin, Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley, introduira la notion de surconsommation dans son œuvre.

Pour en savoir plus, cliquez sur les sites suivants (mais pas de tout de suite, lisez mon article d’abord 😊) :

https://www.decitre.fr/science-fiction/dystopie#:~:text=Roman%20d’anticipation%20par%20excellence,notamment%20pour%20les%20libert%C3%A9s%20humaines.

Ou

https://www.techno-science.net/glossaire-definition/Dystopie.html

Des dystopies classiques à lire

(par ordre chronologique)

Le meilleur des mondes, Huxley, un roman à lire absolument.
Le meilleur des mondes, Huxley

Dans le genre de la science-fiction, des dystopies, sont devenues des classiques, notamment :

La guerre des mondes, H.G. Wells, 1898

Le meilleur des mondes, Aldous Huxley, 1931

1984, de George Orwell, 1949

Je suis une légende, Richard Matheson, 1950

Farenheit, Ray Bradbury, 1953

Sur la route, Jack Kerouac, 1957

Ces romans ont très peu vieilli, les questions soulevées semblent toujours d’actualité. Très abordables, les adolescents peuvent les lire, sauf peut-être Sur la route, qui est dense et d’une écriture moins accessible (à partir du lycée, fin de lycée, même).

Mais aujourd’hui, l’univers dystopique est riche de titres à grand succès, la plupart du temps. Le lecteur n’a que l’embarras du choix. Dystopies avec zombies (In the After, de Lunetta), dystopies d’amour (La sélection, de Kass), dystopies d’aventure (Hunger Games de Collins), etc.

Le filon jeune adulte (young adulte) :

Ces dernières années, de nombreuses (et plus ou moins indispensables) dystopies ont trouvé leur place sur les rayons et dans les mains des adolescents. Pour beaucoup devenues des films, elles font le bonheur des fans de ce genre littéraire.

Huglies, Hunger Games, Méto, Eutopia, Divergente, Phobos…

J’aurai tendance à exclure les titres où il est question de zombies parce qu’il me semble que l’on sort de la dystopie. Cependant, ils sont souvent cités. Dans ce genre post apocalyptique, je conseillerais La forêt des damnés, de Carrie Rayan, Éditions Gallimard, 2010. Moins connu que d’autres romans, il offre une ambiance particulière et oppressante.

Les nouvelles technologies, la surconsommation, l’écologie, le réchauffement climatique sont au cœur de ces intrigues dystopiques. Ce genre littéraire soulève des questions de société, joue avec nos peurs et nos angoisses. Lire de la dystopie s’avère être un acte de prévention, d’attention. Voulons-nous de ces sociétés ? La réflexion que ces lectures déclenchent est nécessaire et d’utilité publique. Alors, lisons des dystopies !

Mon but n’est pas de vous faire découvrir ces titres en tête de gondole. Je vous invite à consulter les sites suivants si vous souhaitez piocher et agrandir votre culture livresque (mais toujours pas tout de suite, l’article n’est pas fini).

Vous pouvez voir Les meilleures dystopies sur le site de la Fnac.

https://www.fnac.com/Le-monde-d-apres-les-meilleurs-romans-postapocalyptiques/cp49671/w-4#bl=FA_Expert

Vous pouvez aussi consulter le site suivant, plus riche encore, et je ne pourrai pas faire mieux (mais il faudrait le réactualiser, l’article date de 2016) :

Ces listes ont un goût de déjà vu pour vous ? Suivez le guide.

5 dystopies méconnues et indispensables à découvrir !

Je voudrais vous présenter des ouvrages dont on parle moins, qui m’ont plu et marqué, accessibles aux adolescents dès le collège. Voici mes coups de cœur !

(Toujours par ordre chronologique [j’aime bien, l’ordre chronologique, c’est neutre et sans débats à entamer]) (j’aime beaucoup les parenthèses également).

Enfants de la forêt, de Béatrice Masini, La joie de lire, 2012.

Ce roman atypique met en scène des enfants qui sont parqués par clan, comme des animaux, dans un espace qu’ils ne doivent pas franchir. Derrière les vitres, des gardiens les surveillent, par l’intermédiaire de caméras, les médicamentent (affaiblissant ainsi leur jugement) et les nourrissent au minimum.

Un jour, Tom déterre un vestige du passé : un livre. Celui-ci va réveiller en eux une mémoire du temps d’avant, une conscience de leur humanité. Ils vont tenter de fuir par la forêt pour découvrir leur origine et surtout un avenir. Enfants de l’apocalypse nucléaire, existe-t-il pour eux un monde possible ? Un monde tout court où ils pourraient vivre en liberté ?

L’ambiance de cette histoire est particulière, poétique, sombre et émouvante. Ces enfants sauvages nous interrogent, nous effraient également. Ce roman donne une réponse à la question « quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ? ».

Attention, ces enfants de la forêt ne sont pas ceux de Games of Thrones… mais après tout, pourquoi pas ? Les histoires peuvent bien se faire échos. À noter aussi le tournage prochain d’un film avec le même titre, mais une intrigue différente (rien à voir, donc).

Enfants de la forêt, Masini, une dystopie troublante.
Enfants de la forêt, Masini

Genesis, de Bernard Beckett, Gallimard, 2011.

L’auteur, un Néozélandais, a écrit Génésis alors qu’il travaillait sur les mutations génétiques.

Ce roman nous plonge dans un monde dont on ne sait rien. On va en apprendre plus par l’intermédiaire d’Anax, qui passe un examen pour rentrer à l’Académie. Pendant 5 heures, les trois examinateurs vont évaluer sa connaissance d’Adam Forbes, né en 2058 et mort en 2077. Cet homme est lié à la fondation de ce monde.

Si Anax maîtrise bien le sujet, elle n’est plus certaine au fur et à mesure de l’épreuve de comprendre ce qu’elle doit démontrer.

Un thriller psychologique et philosophique qui interroge sur ce qu’est « être humain », l’intelligence artificielle, notre place dans le futur.

Ce roman se lit rapidement. Il est captivant, percutant. L’auteur se joue de nous, comme les animateurs d’Anax. La fin est superbe, surprenante à souhait.

Genesis de Becket, Une dystopie philosophique.
Genesis, Beckett

Celle qui a tous les dons, de Mike Carey, L’Atalante, 2014.

Cette dystopie met en scène tous les éléments qui donnent un bon film d’action à l’américaine, mais il y a quelque chose en plus. Le début est mystérieux. Des enfants sont attachés sur des chaises, dans l’impossibilité de bouger, et une professeure leur donne des cours, malgré la menace qu’ils représentent. L’une de ces élèves, Mélanie, apparait avide de connaissances. Mais un incident sur leur base d’habitation va projeter l’enfant, la professeure et quelques militaires dans le monde extérieur, dangereux à souhait.

J’ai aimé la partie où l’on parle des virus qui vont tout faire pour survivre. L’homme est un virus parmi les autres, mais il peut rencontrer plus fort que lui. L’histoire, sous des apparences classiquement américaine, propose une réflexion sur l’étranger, la peur, l’éducation, l’amour, la vie, la survie, le déclin, la résilience.

Celle qui a tous les dons, Carey. Dystopie d'aventure.
Celle qui a tous les dons, Carey

Là-bas tout ira bien, de Sylvie Baussier et Pascale Perrier. Scrinéo, 2019.

Iza, Erwan, et Léon vivent en France, en 2030. Une grave crise économique a appauvri la population et se nourrir est devenu très difficile. Il se dit que dans les pays du nord, on peut retrouver un travail et une vie décente. Migrer apparait comme l’unique solution.

Iza et Erwan vont partir avec leurs parents, et Léon de son côté part seul. Ils vont se rencontrer en cours de route, une route périlleuse, où l’on doit se méfier de tout le monde. La mort n’est pas exclue. Atteindre son but est plus rare.

Ce qui est marquant, dans cette dystopie, c’est l’effet de proximité. Il existe beaucoup de romans qui décrivent le périple des migrants et réfugiés. Ils nous permettent de mieux comprendre les conditions de leurs départs et les dangers de leurs voyages. Mais ici, on se sent plus concernés encore, en tant que Français. Parce qu’on s’imagine très bien dans cette France appauvrie. Cela pourrait nous arriver, à nous qui vivons dans un monde privilégié. Rien n’est acquis. Un récit efficace que je conseille fortement.

Là-bas, tout ira bien, Perrier et Baussier. Dystopie économique et sociale.
Là-bas, tout ira bien, Perrier et Baussier

Scarlett et Novak, d’Alain Damasio, Rageot, 2021.

Dans ce très court roman, le thème de l’hyper connexion est traité avec justesse. Novak court. Son intelligence artificielle, Scarlett, se méprend sur sa course, pensant qu’il tente de battre un record sportif. Elle lui fournit tous les éléments qui lui seront utiles. Sauf que ce sont des voleurs qui le poursuivent, ils en ont après son Brightphone.

Et que devient-on dans une société hyperconnectée, quand notre Brightphone qui gère notre identité et nos compétences nous est enlevé ?

Que sait-on faire, sans l’intelligence artificielle ?

Gagne-t-on en liberté ou au contraire ?

Un petit roman d’actualité pour de grandes interrogations. Ce futur est très proche, peut-être même déjà là. De Damasio, La horde du contrevent est souvent cité, mais suggéré pour les plus grands.

Scarlett et Novak, Damasio. une réflexion sur l'hyperconnection.
Scarlett et Novak, Damasio

Michel Serre a écrit que lors de l’évolution de notre civilisation, à chaque acquisition, nous perdons quelque chose (en acquérant l’écrit, nous avons par exemple perdu la mémoire).

 Qu’allons-nous gagner avec les nouvelles technologies ? Et surtout, qu’allons-nous abandonner ?

La dystopie et moi.

C’est un genre que j’apprécie, en tant que lectrice. Je ne me suis pas encore aventurée sur ce terrain en tant qu’auteur. Il me semble que des connaissances économiques ou politiques, voir sociologiques sont appréciables. J’imagine aussi qu’il faut avoir beaucoup de temps pour structurer ce type de société. C’est un autre monde à construire. En outre, je préférerais en édifier un meilleur que le nôtre, instiller du positif dans notre avenir.

Cependant, dans Grégo de l’île j’ai conclu mon récit par un chapitre dystopique. Dans ce roman, il est question d’enfants et d’adolescents victimes de leurs pairs, parents, professeurs… Chacun tente de s’en sortir à sa manière, se rebellant contre le système relationnel que d’autres veulent mettre en place. Cela ne vous rappelle rien ? Avec ce penchant humain pour la maîtrise de l’autre, ce goût de surpuissance, peut-on échapper aux tyrans ? Je pense que oui, parce qu’on aura toujours des rebelles, des gens qui se battent pour la liberté.

Grégo de l'île, Dalbes Gleyzes. 
Ce que deviennent les enfants rebelles d'aujourd'hui.
Grégo de l’île, Dalbes Gleyzes

Qu’en pensez-vous ? Quels sont les romans dystopiques que vous trouvez d’utilité publique ?

N'hésitez pas à partager si vous avez aimé un article.

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